QUELQUES VEDETTES

 

 

 

    Le comique de Max Linder réside dans l'extrême mobilité de son jeu. C'est le Galipaux de l'écran. Joignez à cela qu'il fait de ses yeux ce qu'il veut. Tout à tour implorants, narquois, affolés, polissons, ils ne sont jamais - si l'on peut dire - dans sa poche. Il possède aussi un plissement des lèvres et une saillie du menton d'un effet, me semble-t-il, irrésistible sur les fauteuils de première et de seconde; - les réservés appartiennent à Rigadin.

    Rigadin ou Prince, c'est successivement, ou tout à la fois, Gribouille et Jocrisse. D'un jeu plus mesuré que Max Linder, il ne croit point indispensable - aussi bien ses rôles le réclament-ils moins - de souligner chacun de ses effets. Sa placidité et son ahurissement habituels lui tiennent lieu de brio. Il sait composer un rôle, c'est un acteur.

    Si Rigadin est un acteur, Charlot, le grand Charlot, est un clown. Au premier abord, il semble qu'on prendrait une satisfaction physique à botter le fond de son pantalon de compagnon limousin. Par la suite, on se ravise. Cela lui vaudrait une de ces culbutes dont il est coutumier. C'est le rebondissement fait homme. Avec son bloum, coiffé en visière sur le cheveu laineux, sa cravate de toréador qui maintient - au prix de quel prodige! - un faux-col trop haut et trop large, son veston étriqué, sa badine, tour à tour nonchalante et preste, avec son étroite moustache de chiendent il a dû commencer à dérider les nègres du Nouveau-Monde. Le rire, même nègre, est communicatif; insoucieux des mines allemandes, il a franchi l'Atlantique et le voilà chez nous. J. Dyssord. [Mercure de France, 16.8.1916] (Réimpression de cet extrait dans: Le cinéma et l'écho du cinéma réunis, 15.9.1916)