A propos du Film joué au

“Ciné-Théâtre“

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   Notre ami André Deed nous adresse la lettre suivante:

                      «Cher Monsieur Dureau,

   «Mon ami Max Linder revendique pour lui le droit d'être le créateur du «Film-joué» ou «Ciné-théâtre». Il y a, en tout ceci, un malentendu qu'il est nécessaire d'éclaircir. Je ne conteste certes pas à mon camarade la primeur du «film raccordé» et qui consistait, ainsi qu'on l'a vu à l'Olympia, en un film joué par Linder, et qui se terminait par l'apparition sur la scène de mon sympathique ami, où il récitait un monologue, à la grande joie du public parisien.

   «Mais, de là à accorder à Max Linder la création du «Film joué» au «Ciné-théâtre», il y a un pas, et notre ami le comprendra aisément quand il saura que mon spectacle est la reproduction exacte du cinématographe sur la scène, c'est-à-dire que ce spectacle se compose:

   «1° D'un film spécial précédant la scène et non encore édité;

   «2° D'une véritable pièce en deux actes écrite par trois membres de la Société des Auteurs et déposée à ladite Société, rue Henner à Paris;

   «3° De douze cents kilos matériel, me permettant de présenter sur la scène ce que le public n'a pu voir jusqu'à ce jour que sur l'écran, soit: explosions, scènes d'eau, catastrophes, etc...

   «4° D'une musique spéciale, accompagnant les films et écrite par le maestro italien V. Gonsiglio;

   «5° Ma pièce est défendue par cinq artistes, amenés par moi d'Italie, pour la bonne marche de mon spectacle.

   «J'ajoute que mon spectacle a été créé sur la scène du Théâtre Eden, de Turin, le 13 février 1911, et que j'ai créé également au Kursaal Durio, une petite scène sur patins à roulettes, en 1910 et, par conséquent, en même temps que Linder à Paris, ce qui prouve que si Linder créait le «film raccordé» (ce qui n'est pas le «Ciné-Théâtre»), à Paris, je le créais en même temps en Italie.» André DEED. (Ciné Journal, 6.4.1912)