Billet à Max Linder

Max Linder Zeichnung

 

 

   Excuse-moi de te tutoyer; mais nous sommes de vieilles connaîssances. Tu ne te souviens peut-etre pas tres bien de ma «bobine». Je suis le petít jeune homme rasé qui toutes les soirs ou presque; est sur le prémíer rang des galeries des cinema où tu fais de trop courtes apparitions. Les autres films me rasent affreusement. Je guette sur le programme le moment où, comme Malherbe, enfin tu viens et, alors, je suis content. En te voyant aller, venír embrasser les femmes, embeter les hommes, semant dans nos coeurs la fleur de la Joie sans complications, l'envie me prend de courir vers l'écran et de te serrer la «pince» avec une gratitude débordante. Moi, qui fais souvent ce sâle métíer d'amuser les autres et qui sais, malheureusement, combien souvent le Rire des autres est fait de nos petites douleurs, je t'admire et je t'estime.

   Combien de fois, dans un simple quart d'heure de travail, tu prépares a des milliers de personnes, que tu ne verras jamais, la consolation des mille petits embêtements de la vie. C'est Moliere—n'est ce pas?—que a dit que le Rire n'etait seulement pas un geníe, mais une grand charité.

   Max Linder, ô bienfaiteur! Permets que, dans ton rapide passage à Lisbonne, je te remercie personnellement des bons moments, qu'avant de te connaitre en peau et on os, tu m'as genereusement donnés. Il ya tant de sales indivídus qui passent leur vie a nous en preparer de mauvais! Cordialement reconnaissant. André Brun (A Capital, 17.10.1912)