* Le sosie

   Dans la revue qu'il a faite avec Max Aghion, et que tout le monde nomme naturellement la revue des deux Max, le roi du cinéma a imaginé de faire venir sur scène une petite foule de jeunes femmes travesties en Max Linder: chapeau haut de forme, jaquette, pantalon rayé.

   Hier, à la générale, un cri joyeux s'éleva: parmi les travesties, un homme s'était glissé:

   — C'est lui!

   Mais les gens bien renseignés hochaient la tête d'un air entendu:

   — C'est son sosie, disaient-ils, et ils racontaient cette histoire:

   Linder allait toucher un chèque... Soudain, au moment où l'employé de la banque lève les yeux, l'artiste lâche son chèque de saisissement, en même temps que l'employé lâche son porte-plume: chacun d'eux se trouvait face à face avec un autre lui-même; la ressemblance était parfaite!

   Linder, comprenant le parti qu'une concurrence déloyale pouvait tirer de cette ressemblance, s'attacha l'employé par un solide contrat.

   — Et c'est ce sosie que vous voyez, disaient ceux qui savent tout.

   Ils se trompaient: c'était bien Max en personne qui évoluait sur scène, mais — comble de duplicité! — il imitait son sosie! (L'intransigeant, 29.3.1914)