Après le Suicide

de Max Linder

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    A la suite de la mort tragique du ménage Max Linder, nous nous sommes rendus, ce matin, à la clinique de la rue Piccini, où reposent, dans la petite chapelle, les corps du grand cinéaste et de sa malheureuse jeune femme. Renseignements pris sur place, le père et le frère de M. Max Linder sont arrivés hier au soir de Saint-Loubès, d'ou le héros de tant de films est originaire.

    Leur douleur est indicible. Nous avons appris, de plus, que le permis d'inhumer n'avait pas encore été accordé ce matin; ceci en prévision d'une enquête pour établir les circonstances du drame.

    Il s'agissait de savoir si, comme l'ont affirmé certains journaux, Max Linder n'aurait pas tué sa femme, non consentante au suicide en commun et ne se serait pas suicidé ensuite.

    Nous avons pu joindre M. Crozet, ami intime du défunt et qui, accouru dès la première heure, s'occupe des obsèques, et l'interroger sur ce point.

    - Une telle accusation est totalement erronée, a-t-il bien voulu nous conter. Le permis d'inhumer, je l'aurai tantôt.

    Il n'y aura pas d'enquête. L'affaire est très claire. Mon pauvre ami a laissé des lettres cuvertes contenant ceci:

    - Ma femme me demande de mourir avec elle... J'accepte; Ce sont deux fous, exaltes, qui se sont dit: "La vie est impossible. Tuons-nous" et ce sont suicides ensemble... Vingt ans! Quarante et un ans! Une petite fille! C'est affreux n'est-ca pas! (Et la voix de M. Croze tremble d'émotion.) Le corps de Max Linder, ajoute-t-il, va partir incessamment pour son pays, Saint-Loubès. Le service aura lieu là-bas, jeudi matin."

    Au commissariat du quartier de la Porte Dauphine, on nous confirme également l'abandon du projet d'enquête.

    Tel est l'épilogue du drame douloureux où finit tragiquement celui qui fit tant rire toute une génération de spectateurs. - M. ESQUIER. (La Presse, 3.11.1925)