Max Linder aviateur et jockey

 

 

 

    Il y eut hier au Vélodrome du Parc des Princes, grâce à l'aimable obligeance de M. Godet, un supplément imprévu du public au programme de la journée.

    Après que Guignard eut gagné le Championnat de France et alors que le public applaudissait encore le crack tricolore, on vit apparaître sur la piste un alerte jockey, aux bottes impeccables, à la casaque jaune et noire de bonne coupe. Le dos légèrement voûté, les jambes un peu arquées, la toque enfoncée jusqu'aux yeux, les mains enfouies dans les poches, Max Linder allait faire ses débuts... comme jockey - au Parc des Princes!

    Entre temps, il était allé à Juvisy au meeting de l'Union Aérienne et s'était distingué devant l'objectif comme aviateur...

    Ce ne fut pas long. Un titi l'ayant reconnu, de fut immédiatement comme une traînée de poudre "Max Linder! Max!" Une ovation indescriptible se déchaîna. La foule des "populaires" franchit les barrières, rompit les barrages et se rua sur le jockey. Linder dut se réfugier sur un poteau pour ne pas être submergé et afin de réclamer "sa place au soleil", en haranguant la foule, afin de pouvoir "tournée" son scénario.

    Les opérateurs étaient apparus. Les figurants suivaient. Deux autres "jockeys" se mirent en selle. Linder escalada alors son pur sang... et le film commença.

    Par un numéro non prévu au programme, un des jockeys fit une chute, sans gravité, et de nouveau la foule se précipita, envahissant "le champ opératoire". L'auteur du scénario - un de nos confrères - sans balancer, enfourcha la monture veuve de cavalier, et, aidé de Linder et du second jockey, vint prêter main-forte aux agents débordés, pour reformer les barrages!

    Et ce n'était pas un spectacle sans pittoresque que de voir ces deux jockeys, et ce pékin en pantalon de ville, faisant à cheval, au milieu d'une foule hurlante, l'office de gardes républicains pour le service d'ordre.

    Le film s'acheva bien. Et la foule porta en triomphe Linder quand il eut franchi le poteau d'arrivée dans un style "impressionnant"!... ALTER-EGO (La Presse, 11.6.1912)