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La bande à Fifi

[Drame] — Szenario: Gardel-Hervé; Maurice Varret — Länge: 5 Akte (8 Bilder) — Interpreten: MM. Jacques Villa (Fifi Vollard); Adrien Caillard (Soufflard); Grégoire (M. Tabouret, dit: «Milord»); Jean Liézer (Micaud); René Gréhan (Lesage); Champdor (Bisson); Albert Reusy (Georges); Dervet (le père Toussaint); Max Linder (Ildefonse); Jacquier (le marchand d'habits); Paul Garbagni (M. Dubois); Bénard (Mautin); Sylvain (garçon de café); Léon Bernard (Castre); Roussel (premier agent); Bonnel (premier voyou); Théry (deuxième voyou); Berlier (premier marchand); Ely (deuxième marchand); Caro (marchand de coco) — Mme. Delphine Renot (Alliette); Victorin (la Vollard); Geneviève Chapelas (Elisa); Louise Dauville (Mme Renault); Adrienne Dherblay (Geneviève); Maury (la marquise); Villon (la mère Toussaint); Rainville (Aglaé); Yriane (Ursule); Andrée Divonne (Mlle Germaine); Georgette (Mme Pitouard); Jane Maylianes (première marchande); Turpeau (première bouquetière); Mériel (deuxième marchande); Irène (troisième marchande); Rachel (deuxième bouquetière) — [TABLEAUX: 1. Le boulevard des Batignolles; 2. Les Amours d'Alliette; 3. Le Crime de la rue du Temple; 4. Le Quai aux fleurs; 5. Le Cabaret du Singe qui grinche; 6. La Voie périlleuse; 7. Milord et Fifi; 8. La Carte à payer.] - Wiederaufnahme: 11. Juli 1905 (Paris/Théâtre de l'Ambigu) — 65 Vorstellungen

 

Szenenfoto aus La Bande a Fifi

Tableau 3: Le Crime de la rue du Temple (Le Théâtre #161, 1.9.1905)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Beschreibung/Kritik:

 

Le drame vériste aura beau faire, et les tranches de vie qui se débitent sur certaines petites scènes et devant un public spécial,— d'une vie qu'aucun de ces spectateurs, collectionneurs d'impressions rares, n'a heureusement constatée par lui-même, ni ne voudrait positivement vivre si c'était à la réalité qu'il eût affaire, — auront beau accumuler les horreurs, physiques ou morales, et évoquer les spectacles les plus invraisemblablement vrais,... c'est toujours le vieux modèle, celui des grands succès du «boulevard du crime» qui aura le plus d'action sur le vrai public et entraînera la foule. Le drame type, le drame bien fait, dosant avec art le rire et les larmes, savait faire accepter, même sur la scène, les forfaits les plus noirs et les complots les plus sinistres, parce qu'il n'ignorait jamais à quel moment une détente s'imposait dans les esprits surexcités. Était-il moins vrai pour cela? Son éloquence était-elle moins pressante, moins poignante? En aucune façon, le célèbre Courrier de Lyon, un chef-d'œuvre est là pour le prouver; car ce n'est pas seulement parce que l'histoire était vraie, qu'il a réussi des milliers de fois, mais parce que l'intérêt y est parfaitement soutenu et la variété des effets disparates, quoique vrais, incessante. La Bande à Fifi est de cette école. Lui aussi, ce drame impressionnant est vrai, et réellement vrai. Mais il ne tend pas les nerfs jusqu'à la souffrance et il sait à l'occasion leur laisser reprendre leur calme et leur souplesse. C'est l'histoire d'un crime qui fut célèbre en son temps (1838) et passionna toute la France après Paris: l'affaire Soufflard. Gaboriau n'avait pas manqué d'en tirer un de ses romans saisissants de vie; Constant Guéroult en écrivit un autre, l'Affaire de la rue du Temple, qui suivait de plus près encore la cause réelle. C'est à ce roman-feuilleton, joie de toute une génération, que MM. Gardel-Hervé et Maurice Varret ont eu l'idée heureuse d'emprunter, beaucoup plus tard, le sujet de leur drame, plus pittoresquement intitulé à la moderne la Bande à Fifi. Et si juste en effet était leur idée, si adroite fut leur adaptation, si experte est leur science de ce théâtre-là et de son public, qu'ils en ont fait en même temps le drame type, le drame de répertoire et de tout repos, qu'on peut jouer en plein été, sans faire baisser les recettes, et qui permet à son théâtre de rester ouvert quand les autres scènes, découragées, renoncent à la lutte. La Bande à Fifi date, en effet, du 2 juillet 1898, Une nouvelle direction venait alors de prendre possession de l'Ambigu: M. Louis Holacher, assisté de M. Pontet, voulait sans tarder prouver son savoir-faire... et sa première pièce traversa tour l'été; la centième fut célébrée en septembre, aux applaudissements d'un public constamment renouvelé. C'est pourquoi, voulant également accomplir ce dessein audacieux de traverser l'été de cette année, l'actuel directeur de l'Ambigu n'a rien trouvé de mieux que le drame de MM. Gardel-Hervé et Varret, et le public lui a donné raison. La reprise a été de tous points excellente, bien d'ensemble, bien enlevée, avec ses huit tableaux (quelle discrétion!) brefs et saisissants, et dont tout l'effort des interprètes doit consister à ne pas laisser refroidir le mouvement. Mais rappelons un peu le sujet qui, en deux mots, a pour péripétie essentielle l'assassinat de la femme Renaud par deux professionnels du meurtre, le célèbre Soufflard et le craintif Lesage, que le suicide seul enleva à l'échafaud. Tout les noms réels ont été gardés, naturellement, comme dans le Courrier de Lyon, ce qui donne à la pièce une allure documentaire toujours appréciable. Comme éléments accessoires du crime, mais non moins essentiels de la pièce, deux sujets se développent à part avant de se pénétrer et d'amener le dénouement: les amours et les fantaisies de la belle Alliette, dite la Biche, par qui les assassins furent découverts (selon le vieil axiome policier: «Cherchez la femme») et les manœuvres et les déguisements du vieux policier retraité, M. Tabouret, dit Milord, qui retrouve la souplesse inventive de ses bonnes années quand on vient le chercher comme seul capable de réduire l'insaisissable bande. Il ne joue pas, d'ailleurs, le simple rôle de limier émérite (tel M. Lecocip, comme nous allons voir, et prend une part personnelle des plus douloureuses et des plus dramatiques à l'action générale. Mais suivons l'ordre des tableaux; c'est le meilleur moyen d'être clair. C'est chez Tabouret qu'on nous introduit tout d'abord, dans sa petite maison du boulevard des Batignolles: entre sa fille Geneviève et son jardin de quelques mètres carrés, il vit heureux. Cependant, si on veut bien lui promettre l'agrandissement de ce jardin, ses amours, par l'annexion du terrain voisin, il se fait fort, non pas en deux mois, mais en quinze jours, de venir à bout de sa tâche. — Il ne sait pas ce qui l'attend. Second tableau toujours préparatoire: le ménage de la bande en question, c'est-à-dire la belle Alliette (une fille qui a un peu plus que sa beauté car elle a été sous-maitresse dans un pensionnat et n'est pas bête), la Vollard avec Lesage, son frère, et Fifi son fils adoptif (tombé on ne sait d'où), Micaud, l'amant en titre d'Alliette, enfin Soufflard, qui vient de s'évader du bague et qui va donner une impulsion nouvelle aux entreprises de la bande, et dont Alliette s'éprend immédiatement, ce que Micaud, dédaigneusement «lâché», ne prendra pas en douceur, nous pouvons en être sûrs. Et alors voici le crime dans toute son horreur supérieurement réglée et avec ses péripéties qui d distraient les yeux et amusent l'imagination. Rue du Temple, maison de Madame Renaud, marchande de literie, un décor à deux étages nous montre à la fois et d'un coup d'œil toute l'affaire: l'assassinat en plein jour de la pauvre femme, par Soufflard et Lesage; Micaud faisant le guet au dehors, Fifi occupant dans leur loge les concierges... Puis, la rentrée de la fille de Madame Renaud, trouvant la porte fermée et la serrure sanglante; puis l'alarme donnée, les sergents de ville envahissant l'escalier; la foule difficilement retenue et grouillante au bas. Avec 4e tableau, Tabouret commence à entrer en scène. Nous sommes au Marché aux Fleurs où un Anglais, c'est «Milord», obtient ingénieusement l'indication de certain cabaret qu'il soupçonne servir de repaire aux assassins. Et nous le retrouvons, en effet, au 5e tableau, rue Cocatrix, au «Singe qui grinche», où nos bandits se partagent le butin. Tabouret, non reconnu d'abord, serait vivement exécuté pour sa façon de déranger les gens, si son coup de sifflet ne faisait surgir son équipe sans peur et sans reproche. Il ne reste plus à la bande qu'à filer dans le fond par la porte secrète. Mais Micaud, que Soufflard vient encore d'exaspérer, indique cette porte. Poussons-la avec les policiers. Nous voici, sur les toits. C'est le 6e tableau, qui s'intitule justement «la Voie périlleuse», effet de décor vraiment très saisissant, avec sa course de maison en maison, la traversée de la rue sur une planche, l'échelle qui sauve encore les fuyards. Mais quel drame inattendu que celui du 7e tableau où Tabouret, rentré chez lui après cette vaine et éreintante poursuite, trouve le logis vide et fait successivement deux découvertes aussi terrassantes l'une que l'autre: 1er Que sa fille Geneviève a été enlevée par la bande pour servir d'otage et spécialement de ploie au nommé Micaud; 2e Que le loubard Fifi, qui vient formuler les conditions de ses associes, n'est autre il le reconnaît à une certaine bagne, que son propre fils, fruit d'une ancienne liaison!... Reste à pincer les principaux coupables pendant qu'ils attendent encore la réponse à leur ambassade. Naturellement, c'est ce que nous montre «la carte à payer» du 8e tableau, un peu plus romanesque que la réalité. Soufflard et Alliette s'étaient promis de rester unis dans la mort en cas d'accident (couple touchant!). D'un coup de pistolet, ils s'abattent mutuellement; le bagne attend le menu fretin qui les entoure. Ce rôle de la brune Alliette avait été créé en 1898 par Madame Delphine Renot; c'est elle encore que nous avons vue sous ces traits superbes et avec cette sûre autorité que donne une longue expérience. Mais, autour d'elle, toute l'interprétation est renouvelée. Le rôle de Tabouret avait été un triomphe pour M. Léon Noël qui, comme son personnage, avait quitté sa retraite pour le jouer. C'est M. Grégoire qui en a hérité: il n'y manque ni de largeur ni de sûreté, et l'impression d'expérience, l'accent de vérité qu'il donne méritent de sérieux éloges. Soufflard, jadis figuré par le puissant Degeorge, est joué par M. Caillard, un talent sérieux et sûr, qui a passé par l'Odéon, je crois, après le Conservatoire, et met au service d'un rôle où l'on forcerait facilement la note, une mesure extrêmement appréciable. Fifi, c'est M. Villa, toujours très aimé, spécialement adopté par le public de l'Ambigu, et à qui le mélange de comique et de ruse dont est fait le rôle convient à merveille. Micaud, jadis créé par M. Bour, c'est aujourd'hui M. Liézer; Lesage, c'est M. Gréhan. Enfin la Vollard, Madame Renaud, Elisa, Geneviève ont pour interprètes consciencieux Mesdames Victorin, Dauville Chapelas et Dherblay. Mise en scène réussie, spectacle constamment attrayant et une fois de plus, grand et durable succès. H. DE CURZON. (Le Théâtre, 1.9.1905)