En Marge du Théâtre

 

 

 

   M. Max Linder, - en personne, comme ont soin de le spécifier les programmes, - vient de débuter aux Folies-Marigny.

   On l'a intercale tout vivant dans la Revue, avec sa gloire, et un sketch moitié joué, moitié cinématographié. Il est accompagné d'une très gentille petite artiste, infiniment fantaisiste, amusante et convaincue. J'ai en vain cherché, tout à l'heure, dans un journal, son nom à côté de celui de M. Max Linder. Hélas! Ce sont les inconvénients d'être la partenaire d'un homme aussi célèbre!

   Car M. Max Linder est une célébrité. Il n'est point connu seulement en France, mais toute l'Europe, l'Amérique, et peut-être l’Asie, l'Afrique et l'Océanie.

   Des échos, savamment indiscrets, nous ont averti qu'il gagnait mille francs par jour, comme M. Guitry. C'est beaucoup, si l'on se place au point de vue artistique. Au point de vue commercial, il est possible que ce ne soit pas exagéré. Il attirera de nombreux spectateurs, avides de le contempler “en personne”.

   Ils s'en retourneront peut-être un peu déçus. Il y a des femmes qui sont admirables vues de face, mais il ne faut pas les voir de profil... M. Max Linder, dans un film, est hilarant. Quand il parle, son talent descend d'un cran, - et même d'un écran!

   Cela tient, je crois, à ce que le comique de M. Max Linder, comme celui des singes (qu'il ne voie rien de désobligeant à ce rapprochement: j'adore les singes!), est un comique qui se suffit à lui-même. La parole n'y ajoute rien!... Au contraire!

   C'était exactement ce qu'il fallait pour le cinématographe. L'événement, d'ailleurs, l'a prouvé.

   Si M. Max Linder avait continué sa carrière comme acteur de comédie, il est probable qu'il serait encore loin de pouvoir être comparé à M. Guitry, - même au point de vue des appointements.

   Le cinématographe a fait sa fortune. J'en suis heureux pour M. Max Linder, qui est fort sympathique, car il est demeuré modeste. (La France, 16.6.1914)