Théâtre en plein vent     

    D'abord dix curieux s'arrêtèrent. Quelques minutes après il y en avait cent et à cinq heures de l'après-midi ils étaient plusieurs miliers, massés place de l'Opéra, foule grouillante que quelques agents débordés essayaient vainement de disperser.

   - Qui attend-t-on? demandaient les derniers venus. Carpentier va passer? …

   Tout à coup une automobile parut. Mais ce n'était pas le jeune boxeur qui s'y trouvait. Une femme*, penchée à la portière, faisait des gestes désespérés et un homme, assis à côté du chauffeur, lui donnait de violents coups de poing sur la tête, pour la faire rentrer dans la voiture.

   Cette scène étrange déchaînait l'enthousiasme de la foule. Et sur le bord du trottoir, un opérateur de cinéma tournait sa machine... Sans payer leur place les curieux assistaient à un film tourné par Max Linder.

   Si quelque jour Max Linder ou Rigadin était assassiné dans la rue, les passants se tiendraient les côtes et on applaudirait le meurtrier. “C'est du ciné! … C'est du ciné! ...” (L'homme libre, 25.7.1914)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* En décrivant le même incident, Comœdia mentionné le nom (Flavienne) Mérindol. ─ * Comœdia, when describing the same incident, mentiones the name (Flavienne) Mérindol. ─ * Comœdia erwähnt bei der Schilderung des gleichen Vorfalls den Namen (Flavienne) Mérindol.