L'ATHLETE COMPLET

                                (Histoire authentique.)     

 

 

   On «tourne» actuellement dans les cinémas des boulevards un film intitulé: Jockey par amour, scénario d'Armand Massard, interprété par l'incomparable Max Linder.

   Quand cette bande cinématographique fut sur le point d'être exécutée, Max Linder se mit en quête de figurants-jockeys.

   Il venait justement de finir de «tourner» une bande sur tous les sports — que Max Linder pratique avec une égale maestria — et il n'était pas très satisfait des services que lui avait rendus un artiste spécialement engagé par lui et qui s'était pourtant vanté d'être un sportsman accompli dans toutes les catégories.

   Au patinage a roulettes, devant sa notoire insuffisance, il avait objecté pour sa défense qu'il n'était un virtuose que du patinage à glace. (Qu'est-ce qu'il risquait, on était en plein été!).

   A la boxe qu'il prétendait posséder à fond, à l'égal d'un.... Tristan Bernard, il fut mis en présence, sous les objectifs des opérateurs, d'un boxeur de couleur et fit naturellement piteuse figure.

   — C'est, se récria-t-il, que je n'ai jamais boxé avec un nègre!...

   Enfin, sur ses instances et son affirmation qu'il était un écuyer de premier ordre, Max Linder l'avait convoqué pour tourner «Jockey par amour».

   Le jour venu, sur le champ de course, notre artiste considérait avec une certaine angoisse les purs sangs qui caracolaient, tenus en mains par les lads.

   Le départ donné, notre homme n'avait pas franchi avec sa monture le ruban abaissé par le starter, qu'il piquait une tête — lamentablement.

   Linder, furieux, s'avança vers lui:

   Que voulez-vous? répliqua l'autre, je n'étais encore jamais monté en costume de jockey... — EGO. (La Presse, 29.3.1913)