Max Linder a failli se noyer

… et cette fois ce n'était pas pour un film

    Max Linder a failli se noyer! …

   Oui, Max Linder lui-même! Et le pis, c'est qu'aucun opérateur cinématographique n'étant là; si Max s'était noyé vraiment, nul film n'eut pu nous rendre l'horreur tragique de son heure dernière... En vérité, pour un tel héros de cinéma, c'était presque mourir deux fois! … Mais disons comment les choses se passèrent.

   Max Linder voulait célébrer, et dignement, la fête nationale. A quelques amis, à quelques amies, hommes charmants, dames gracieuses, il adressa une invitation à diner, dans sa villa de la Hérouville-Saint-Clair: «La Parados».

   Il y a avait: Mme Gaby Deslys, avec toutes ses perles et son extraordinaire danseur ordinaire, M. Pilser; nos confrères Max Aghion, André Barde; il y avait M. Charles Le Frapper, directeur du Courrier cinématographique, il y avait... bref, comme on dit à la foire, il y avait belle et nombreuse société.

   Après de diner, qui fut de choix, le programme de la fête comportait un feu d'artifice superbe offert par Max Linder a la commune de la Varenne, et qui devait être tiré sur la rive qui fait face à la villa.

   Neuf heures et demie sonnaient, on se mit en route, c'est-à-dire que l'on se dirigea vers l'embarcadère où le bateau de Max Linder est amarré. Gaby Deslys et Max marchaient en tête, avec quelques autres. Ils s'engagent sur l'embarcadère... Plouf! Les planches pourries ont cédé sous le poids, et voilà sept personnes à l'eau.

   Et les lampions accrochés dans les arbres éclairent la trempette... On se précipite; sur la rive, les gens s'agitent; tout la Varenne est là! … On repêche Pierre, on repêche Paul … On ne repêche pas Max ! Max n'était pas tombé dans la rivière. La pratique du cinéma, qui résume un peu tous les sports, a fait de Max une manière d'acrobate. Quand la planche craqua, d'instinct, Max fit un bond qui le mit dans une barque proche.

   Une demi-heure plus tard, séchés, remis, les invités assistaient au feu d'artifice... Et c'est Max Linder lui-même qui le tirait. (Le Petit Parisien, 16.7.1914)