Max Linder a été tué

 

   Rome, 30 septembre. Un télégramme de Berlin annonce que l'acteur cinématographique bien connu, Max Linder a été tué pendant la bataille de l'Aisne.

   (Max Linder, qui avait près de 38 ans, était reconnu pour le plus célèbre comédien de cinématographe, et il était celui, qui, avec Prince, avait «tourné» le plus grand nombre de films; il touchait des cachets magnifiques et sa réputation était des plus étendues). (Le Siècle, 4.10.1914)

 

 

 

 

 

   Sur la foi d'une information de Rome, qui nous est parvenue trop tard pour qu'il nous soit possible de la vérifier, nous avons annoncé hier la mort de Max Linder, tué à l'ennemi.

   Or, le roi du cinéma, engagé volontaire, se porte fort bien. Il a, à la vérité, contracté une bronchite, dans les nuits froides des bivouacs. Mais, sa convalescence achevée, il s'apprête à repartir dans quelques jours pour le front, – où ce n'est pas du cinéma.

   C'est la troisième fois qu'on me tue en un an, a-t-il dit.

   Nous regrettons d'avoir donné à ses nombreux amis une émotion trop vive. Quelque chose aurait dû nous ouvrir les yeux: notre dépêche accablait Max du poids de trente-huit années. Elle avait de quoi surprendre tous ceux – et celles – qui savent bien que, Max Linder a toujours ses vingt ans. (Le Siècle, 5.10.1914)

 

 

 

 

 

   Un des nos lecteurs nous adresse la lettre suivante, au sujet de notre écho d'hier sur la pseudo-mort de Max Linder:

   «M. Max Linder n'a jamais été sur le front, puisqu'il y a une quinzaine de jours il s'est présenté à la 22e section (caserne de Latour-Maubourg) avec son auto et son chauffeur, et un réserviste lui aurait même demandé ou dit «Vous ne venez pas ici pour faire du cinéma». Il n'a pas été équipé et depuis il se repose dans son pays (environs de Bordeaux) non pour soigner une bronchite gagnée dans les nuits froides du bivouac, puisqu'il n'a jamais été sur le front.

   «Croyez bien que nous sommes tous très heureux que le roi du film soit indemne et qu'il soit bien portant, car nous le savons très courageux et s'il n'est pas sur le front ce n'est certainement pas de sa faute. Seulement, réservons la publicité aux vedettes en temps de paix. Artistes, employés ou ouvriers sont tous égaux devant l'ennemi et la vedette ressort quand elle accomplit une action d'éclat. Il s'en est trouvé déjà, mais on ne leur a fait aucune publicité, ce qui n'empêche pas qu'il s'en trouvera encore.» (Le Siècle, 6.10.1914)